Peut-on expulser un locataire de plus de 65 ans : quelles sont les règles ?

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Passé 65 ans, un locataire n’est pas « intouchable », mais il bénéficie d’une protection bien réelle, souvent mal comprise des deux côtés. Beaucoup de propriétaires croient qu’un âge élevé bloque toute reprise du logement ; beaucoup de locataires pensent être à l’abri quoi qu’il arrive. La vérité est plus nuancée : l’article 15 de la loi de 1989 protège les seniors modestes contre un congé, en imposant au bailleur une offre de relogement, mais cette protection tombe en cas d’impayés et connaît des exceptions. Voici les règles exactes, à jour 2026, avec les plafonds et les délais qui comptent vraiment.

🕒 L’article en bref

Un locataire de plus de 65 ans aux ressources modestes est protégé contre le congé : le bailleur doit lui proposer un relogement adapté, sinon le congé est nul.

  • Deux conditions cumulées : plus de 65 ans à la fin du bail et ressources sous le plafond du logement social.
  • Obligation de relogement : une offre proche, adaptée aux besoins et aux moyens du locataire.
  • Exceptions : impayés, ou bailleur lui-même âgé de plus de 65 ans ou aux revenus modestes.
  • Procédure longue : délais, trêve hivernale et rôle du juge s’appliquent pleinement.

📌 Vérifier âge et ressources avant tout congé évite une procédure annulée d’entrée.

La vraie protection : l’article 15 de la loi de 1989

La protection des locataires âgés ne repose pas sur une vague « loi vieillesse » mais sur un texte précis : l’article 15, III de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989. Il vise le cas du congé donné par le bailleur, c’est-à-dire lorsque le propriétaire veut récupérer son logement pour l’habiter, le vendre ou pour un motif légitime. Dans cette situation, si le locataire remplit deux conditions cumulées, le bailleur ne peut pas simplement lui donner congé : il doit lui proposer une solution de relogement.

Ces deux conditions sont indissociables. La première est l’âge : le locataire doit avoir plus de 65 ans à la date d’échéance du bail. La seconde tient aux ressources : ses revenus annuels doivent être inférieurs au plafond de ressources ouvrant droit à un logement social. Ce plafond, révisé chaque année, s’établit en 2026 aux alentours de 23 000 € de revenu fiscal de référence pour une personne seule hors Île-de-France, avec des seuils plus élevés en région parisienne et selon la composition du foyer. L’un sans l’autre ne suffit pas : un senior aisé n’est pas protégé, un locataire modeste de 60 ans non plus. La protection s’étend par ailleurs au locataire qui héberge de façon habituelle une personne de plus de 65 ans à sa charge, sous condition de ressources.

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Il faut insister sur un point que le grand public confond souvent : cette protection joue contre le congé du bailleur, pas contre une procédure pour impayés. Ce n’est pas un bouclier universel. Le raisonnement rejoint d’ailleurs celui applicable lorsqu’il s’agit d’expulser un locataire malade, où l’état de santé impose au juge une vigilance particulière sans pour autant interdire toute procédure. Âge et maladie modulent le rythme et les obligations, ils n’effacent pas les manquements graves.

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Ce que « relogement adapté » veut dire concrètement

L’obligation de relogement n’est pas symbolique. Le bailleur doit proposer un logement correspondant aux besoins et aux possibilités du locataire, et situé à proximité, dans un périmètre géographique restreint autour du logement actuel. En pratique, l’offre doit tenir compte de la taille du foyer, du budget du locataire et, souvent, de la proximité des services médico-sociaux ou des transports pour une personne âgée. Une proposition vague, trop chère ou trop éloignée ne remplit pas l’obligation et fragilise le congé. Sans offre de relogement valable, le congé donné à un locataire protégé est purement et simplement nul : la procédure s’arrête avant même de commencer.

Les exceptions qui font tomber la protection

La protection de l’article 15 n’est pas absolue, et deux séries d’exceptions méritent d’être connues. La première concerne les impayés. Quel que soit son âge, un locataire qui cesse de payer son loyer et ses charges perd le bénéfice de la protection. Dans ce cas, le bailleur n’a pas à proposer de relogement et peut engager une procédure de résiliation du bail pour dette locative, exactement comme pour un locataire plus jeune. La protection senior vise le congé, pas la faute.

La seconde exception tient à la situation du bailleur lui-même. Si le propriétaire a plus de 65 ans à la date d’échéance du bail, ou si ses ressources sont elles aussi inférieures au plafond du logement social, il est dispensé de l’obligation de relogement. Le législateur a voulu éviter de faire peser une charge disproportionnée sur un petit bailleur modeste ou âgé, dont le logement peut représenter l’essentiel du patrimoine. L’outil ci-dessous permet de situer rapidement une situation donnée avant de se lancer.

Le locataire senior est-il protégé contre le congé ?

Repère fondé sur l’article 15, III de la loi du 6 juillet 1989.

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Situation Protection article 15 ? Obligation du bailleur
+65 ans, ressources modestes, congé Oui Proposer un relogement adapté et proche
+65 ans mais ressources au-dessus du plafond Non Congé possible dans les formes
Bailleur +65 ans ou modeste Écartée Dispense de relogement
Locataire senior en impayés Non applicable Procédure de résiliation possible

Congé pour vente ou reprise : les délais à respecter

Quand le congé est possible, il obéit à un formalisme strict. Pour un logement vide, le préavis donné par le bailleur est de six mois avant l’échéance du bail, et le congé doit indiquer clairement son motif : reprise pour habiter, vente, ou motif légitime et sérieux. Un congé mal motivé ou notifié hors délai est invalide, indépendamment de l’âge du locataire. Lorsqu’il s’agit d’une vente, le locataire dispose en outre d’un droit de préemption : il est prioritaire pour racheter le logement aux conditions proposées.

À ce cadre s’ajoutent les protections générales de toute expulsion, qui pèsent d’autant plus lourd pour une personne âgée. La trêve hivernale, du 1ᵉʳ novembre au 31 mars, suspend l’exécution de toute expulsion physique, même munie d’un jugement. Le juge peut par ailleurs accorder des délais supplémentaires, allant jusqu’à plusieurs années dans les cas les plus délicats, en considération de l’âge, de la santé et des efforts de relogement. Autant dire qu’une procédure visant un locataire senior s’inscrit dans un temps long, qui laisse toute sa place à la négociation.

Bien gérer la situation : dialogue, relogement, accompagnement

Au-delà de la lettre du droit, l’expérience montre qu’une procédure menée sèchement contre un locataire âgé s’enlise presque toujours. Le juge, la trêve et les délais jouent en faveur du maintien dans les lieux, et le rapport de force n’est pas celui qu’on imagine. La voie efficace passe par l’anticipation : informer tôt, exposer clairement ses intentions, et construire une offre de relogement sérieuse plutôt que de la traiter comme une formalité. Impliquer le locataire dans le choix du nouveau logement augmente nettement les chances d’accord.

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S’appuyer sur les acteurs sociaux change aussi la donne. Les services sociaux du département, les CCAS et les associations locales connaissent les dispositifs mobilisables pour reloger ou maintenir une personne âgée, et leur intervention débloque des situations qu’un face-à-face bailleur-locataire n’aurait pas résolues. Lorsque la procédure devient inévitable, mieux vaut en maîtriser chaque étape, du congé au concours de la force publique : comprendre comment expulser légalement un locataire permet d’éviter les vices de forme qui font tout recommencer. La rigueur juridique et l’approche humaine ne s’opposent pas ; ensemble, elles raccourcissent le conflit.

Questions fréquentes

Peut-on expulser un locataire de plus de 65 ans ?

Oui, mais sous conditions. En cas d’impayés, la procédure est possible comme pour tout locataire. En cas de congé du bailleur, si le locataire a plus de 65 ans et des ressources modestes, le bailleur doit d’abord lui proposer un relogement adapté, sauf s’il est lui-même âgé ou modeste.

Quels sont les plafonds de ressources pour être protégé en 2026 ?

Il s’agit des plafonds ouvrant droit à un logement social, révisés chaque année. En 2026, ils tournent autour de 23 000 € de revenu fiscal de référence pour une personne seule hors Île-de-France, avec des seuils plus élevés à Paris et selon la composition du foyer. Ils se vérifient auprès de l’ANIL ou d’une ADIL.

Que se passe-t-il si le locataire senior ne paie plus son loyer ?

La protection de l’article 15 ne s’applique pas aux impayés. Le bailleur peut engager une procédure de résiliation du bail pour dette locative, sans obligation de relogement. Le juge tiendra néanmoins compte de l’âge et de la situation pour, éventuellement, accorder des délais.

Le bailleur est-il toujours obligé de reloger le locataire âgé ?

Non. Il en est dispensé s’il a lui-même plus de 65 ans à l’échéance du bail, ou si ses propres ressources sont inférieures au plafond du logement social. En dehors de ces exceptions, l’offre de relogement est obligatoire pour qu’un congé soit valable.

La trêve hivernale s’applique-t-elle à un locataire de plus de 65 ans ?

Oui, pleinement. Du 1ᵉʳ novembre au 31 mars, aucune expulsion physique ne peut être exécutée, sauf exceptions légales. Combinée aux délais que le juge peut accorder en raison de l’âge, elle rend toute procédure particulièrement longue.

Auteur/autrice

  • Thomas Leemo

    Je m’appelle Thomas et je suis passionné par tout ce qui touche à la maison : acheter, financer, rénover, jardiner, bricoler… Ici, je partage mes conseils pratiques, mes expériences et mes astuces pour vous aider à mieux habiter, mieux gérer et mieux profiter de votre quotidien.

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